Lors des dernières élections présidentielles de 2022, près de 500 000 personnes ont déclaré ne pas avoir voté en raison d’un problème de santé, d’un handicap ou de l’avancée en âge. Quatre ans plus tard, à l’approche des élections municipales de 2026 : où en est la participation politique des personnes en situation de handicap en France ?
Une accessibilité insuffisante, difficultés d’accès à l’éducation et à l’information
Si des progrès ont été réalisés — notamment avec la reconnaissance du droit de vote indépendamment des mesures de protection dans plusieurs pays comme la France, l’Italie, le Royaume-Uni ou la Suède — l’effectivité de ce droit reste encore largement limitée.
Les personnes en situation de handicap continuent de se heurter à de nombreux obstacles dans l’exercice de leur citoyenneté.
Le premier frein apparaît très tôt, avant même l’accès à la majorité. En effet, dès l’école, des inégalités d’accès à l’éducation civique sont constatées. À cela s’ajoutent des difficultés dans les démarches d’inscription sur les listes électorales, notamment lors du recensement à l’âge de 16 ans.
Ces premiers obstacles sont renforcés par le manque d’accessibilité des programmes de campagne et des discours politiques. Pourtant, des mesures simples — comme par exemple la mise à disposition de contenus en Facile à lire et à comprendre (FALC) — permettraient de lever une partie de ces freins.
Pour certaines personnes, notamment celles ayant des troubles intellectuels, psychiques ou cognitifs, d’autres facteurs peuvent également expliquer une non-participation aux élections :
organisation du scrutin, environnement du bureau de vote, accès au lieu, temps d’attente ou encore stress lié à l’événement.
La prise en compte de ces éléments est essentielle pour garantir une participation citoyenne réellement inclusive.
Seulement une centaine d’élus en situation de handicap en France
Au-delà du vote, qui constitue une première étape de la vie citoyenne, la représentation des personnes en situation de handicap parmi les élus de la République reste également très limitée.
Parmi les empêchements à cette participation, figure notamment l’inégalité d’accès à la scolarité qui, sans se limiter seulement à l’engagement en politique, entraîne également des répercussions durables sur l’accès aux réseaux, aux espaces de socialisation politique et aux partis.
Dans le prolongement de ces inégalités structurelles, les aides humaines et la mobilité, et plus globalement les aides financières, constituent également deux enjeux centraux de la participation politique. L’offre de transport peut s’avérer insuffisante ou inadaptée, tandis que les temps de trajet sont parfois allongés en raison de certaines altérations – difficultés d’orientation liées à des troubles visuels ou cognitifs, ou des difficultés de déplacement, notamment en fauteuil roulant.
À ces contraintes de mobilité s’ajoutent des difficultés liées à la gestion des aides humaines. Souvent peu flexibles ou encadrées par des plans d’aide trop restrictifs, elles ne répondent pas toujours aux besoins réels. L’organisation des aides humaines ou le recours à un interprète en langue des signes nécessite une anticipation et une préparation importantes, difficilement compatibles avec les imprévus inhérents à la vie politique.
Ces enjeux se prolongent par des problématiques d’accessibilité encore largement insuffisantes dans de nombreux espaces publics et lieux de la vie politique : accès aux salles, voirie, absence de sanitaires accessibles, etc.
Comme pour le vote, l’accessibilité concerne également l’accès à l’information, qu’il s’agisse de supports non adaptés (documents imprimés, absence de braille) ou de modalités de communication inaccessibles (besoin de traduction en langue des signes, difficultés de compréhension, gestion de propos conflictuels, compréhension du second degré ou de l’implicite).
Enfin, les rythmes et temporalités de la vie politique, souvent intenses ou associés à des horaires inadaptés, constituent un frein supplémentaire, notamment pour les personnes dont le handicap accentue la fatigabilité.
L’ensemble de ces obstacles rend le mandat non seulement plus difficile d’accès, mais également plus complexe à exercer sur la durée. Ils agissent comme de véritables remparts au changement, en limitant l’accès des citoyennes et citoyens à une société fondée sur la rencontre, l’altérité et la pluralité des expériences.
Inéligibilité et mesures de protection : des citoyens de “seconde zone”
À ces obstacles structurels s’ajoute un frein majeur : l’inéligibilité des personnes faisant l’objet de mesures de protection. En France, cette exclusion maintient une hiérarchie dans les membres d’une société en considérant qu’il existe des citoyens de seconde zone. Les personnes en tutelle possèdent la nationalité, mais n’ont pas accès aux mêmes droits civils, sociaux et symboliques, et peuvent être légalement exclues ou différenciées au nom de la loi. En maintenant une façade de citoyenneté, la société institue un système d’infériorisation en dédaignant le droit d’éligibilité aux personnes en curatelle ou tutelle.
Engagement politique des personnes en situation de handicap un besoin de représentation essentiel
Au-delà de leur participation à la vie citoyenne, les personnes en situation de handicap restent encore fortement entravées dans leur accès à la scolarité, à l’emploi, à la santé, au logement, à la consommation, à la vie civique ou encore à un accompagnement adapté.
Or, la participation à la vie en société passe nécessairement par celles et ceux qui font la politique.
La présence de personnes en situation de handicap au sein des conseils municipaux et des hémicycles constitue donc un enjeu majeur pour penser une autre organisation sociale, plus inclusive.
Cette participation passe par les urnes, et par la possibilité effective de choisir les personnes qui les représentent.
Pour agir concrètement sur le sujet – découvrez nos guides de sensibilisation
Handéo coordonne actuellement une recherche-action, participative et émancipatoire qui s’appelle HandiPPolitique. Cette recherche comprend un axe sur le droit de vote et un second sur l’exercice d’un mandat électoral. Cette recherche a notamment permis la création d’outils pédagogiques sur les questions du droit de vote et de la participation politique des personnes en situation de handicap.


